La cour de trèfle

La cour de trèfle

Un genoux à terre, Natalia se pencha en avant, face contre sol. Dans son geste, une absolue révérence, une soumission totale face à cette royauté. Elle tint cette position, n’osa se redresser sans qu’on lui en donne l’ordre. Ce n’était pas la première fois qu’elle s’offrait, mais jamais, elle n’avait été si nerveuse. À ses craintes se mêlait cette fois, un étrange espoir.

À peine avait-elle franchi la porte qu’elle avait été happée par leur monde. L’appartement était magistral ! Tout de noir, des touches d’or venaient ajouter une touche de luxe à l’endroit et sur les murs, l’art omniprésent offrait à l’opulence des lieux, une profondeur insoupçonnée. Elle aimait sortir de ses donjons clichés pour découvrir que le plaisir pouvait aussi se parer d’un certain raffinement. À l’image de l’endroit, ces deux hôtes étaient singulières. Fières, le roi et la reine de trèfle étaient l’incarnation parfaite d’une dangereuse séduction. Les deux femmes étaient assises au centre d’un immense divan matelassé de cuir blanc. Leurs tenues noires contrastées avec la couleur de leur assise. La première alliait avec brio sensualité et sophistication. Le roi de Trèfle. Elle s’appropriait en plus du titre, des tenues aux allures masculines.  Hautaine, elle avait ce port altier qui seyait à la noblesse.  Mais loin d’un titre de naissance, elle avait conquis sa position, asseyant son autorité sur une cour obéissante et dévouée. À ses côtés, sa douce reine, aussi tendre que féroce. La où Artémis adorait régner, elle aimait combattre, bras armé de leur union, elle n’hésitait pas un instant à punir les impudents, dissidents de leurs envies. La famille des trèfles était régie par les désirs de ces femmes et aucun ne serait assez fou pour s’opposer à leur volonté.

Leurs existences étaient la preuve qu’entre rumeurs et murmures s’étaient donc glissés quelques vérités. Évoquées à demi-mots, lors des soirées, les cours sombres étaient censés n’être qu’un mythe, une légende urbaine. Un fantasme chuchoté aux oreilles curieuses de nouveautés, de différences. Comme il était facile de saisir un corps, de bouleverser l’esprit, mais les cours se saisissaient de l’imagination, jouait avec la réalité même de ses impressions. N’était-ce pas le but de l’érotisme, que de défier la raison ? D’opposer à l’ennui du quotidien, l’essence même de la folie.  Toutes les histoires qu’elle avait pu entendre se rappelaient à elle, emplissant son esprit d’un savoir aussi lacunaire que fantasque… Elle comprit qu’elle participait à ce jeu depuis si longtemps… À chaque fois, qu’elle avait prêté attention à ces récits, qu’elle les avait répétés, ses mots leur avaient donné vie.

  • Redresse-toi !

Le ton du roi était ferme, autoritaire. La jeune femme s’exécuta, mais garda son regard tourné vers le sol. Elle connaissait parfaitement l’étiquette et une soumise, encore moins une candidate n’avait le droit de faire face à son maître. Avait-elle vraiment sa place au coeur de ce fantasme ? Elle s’était toujours appuyée sur son physique. Fine, élancée, des formes menues lui donnant une allure androgyne. Quelques centimètres en plus et elle aurait bossé comme mannequin. À défaut des catwalks, elle s’était offert une solide réputation dans les milieux alternatifs. Vêtue d’une simple robe en latex, elle se voulait discrète, humble. Qu’importe sa notoriété, elle avait conscience de n’être rien face à elles. Natalia arbora la carte de jeux telle un laissé-passé. Totalement noir, des jeux de matières imprimaient sur sa surface son symbole. Le joker.

  • Sa messagère nous a prévenues de ton arrivée. Nous ne pensions pas que tu aurais l’impudence de te présenter devant nous.

Ne pas répondre tant qu’on ne t’y autorise pas. Même si elle était rompue aux usages de la soumission, elle pouvait être si impétueuse, si ardente. Les règles de base en mantra, elle domptait sa fougue pour être parfaite. Ce soir, elle ne pouvait se révéler irrespectueuse. Il fallait qu’elle fasse une parfaite impression. Elle savait pertinemment que ce roi tenait entre ses mains sa seule et unique chance d’entrevoir les cours.

  • Nous connaissons que trop bien ton parcours. Il te juge peut-être intrigante, mais nous n’en sommes nullement convaincues ! Ta beauté n’a, en notre cour, aucune forme d’importance. Garde tes prétentions, nous ne nous intéressons qu’à ta soumission !

Elle ne pouvait leur donner tort. C’est dernières années, elle avait été plus trophée que soumise, ballotée de maître en maître. Séduite de mensongères promesses et de vains espoirs, elle n’était qu’ accessoires de leurs esthétismes douteux, que beauté que l’on offrait au regard. Mais la naïveté de son jeune âge s’était rapidement muée en une cruelle désillusion. Il lui devenue impossible d’obéir à ces dominants, à cette mascarade futile. Elle voulait trouver du sens derrière ces égos, découvrir sa place.

S’il n’y avait eu cette rencontre, elle aurait tout abandonné. Loin de ses faux semblants, elle se serait pliée à cette morne réalité, elle serait rentrée dans le rang, assassinant dans cette capitulation, le moindre de ses rêves. Triste destin, mais mieux valait les voir s’éteindre que les laisser se travestir de la sorte.

Il y a quelques jours, en fin de soirée, il s’était assis à sa table. Avec une curieuse assurance, sans un mot,  il avait commencé à la fixer. Elle a voulu l’envoyer se faire foutre, ce n’était pas le bon jour, encore moins le bon moment, mais pour une étrange raison, elle s’en est abstenue. Il n’était pas beau, encore moins impressionnant pourtant, il l’intriguait. Il dénotait tellement avec les lieux et en même temps, il y était parfaitement à sa place.

Quelqu’un se glissa derrière son dos, de fines mains se posèrent sur ses épaules. Elle ne se retourna pas, refusant de détourner le regard, de céder face à cet homme. Ce n’était pas parce qu’elle était soumise qu’elle plierait devant le premier venue. Quelques mots se glissèrent dans son oreille, une voix aussi froide que mélodieuse.

  • Je suis l’écho de sa voix, ces mots sont les siens. Natalia, votre présence est requise ce jeudi soir auprès de la cour des trèfles. Une place est libre pour qui saura la mériter.

Il déposa un papier avec une heure et une adresse ainsi qu’une carte à jouer. Le joker. Était-ce une plaisanterie ? Sa raison clamait la supercherie, rien de tout ceci ne pouvait être vrai. Pourtant, une intuition, l’impression qu’elle était l’orée des songes… Qu’avait-elle à perdre ? Consciente du paradoxe, elle s’aventura au cœur même d’une illusion, d’un mirage pour y quérir sa vérité… Les cours sombres.

La reine se leva et fit quelques pas en sa direction. Une robe fluide, d’une étoffe trop légère pour être sage. Les pans de sa tenue dansaient à chacun de ses mouvements. Elle s’était parée d’un chaos, qui exhibait volontiers ses jambes. Étrangement animale, il émanait d’elle une impression de danger, une attirance primale. Et si les légendes n’étaient pas qu’une simple mystification… Cara, la reine trèfle, moitié femme, moitié louve, la ténébreuse lycanthrope. Elle changeait à vue d’œil, sa posture, son attitude, son regard. Une étrange puissance se dégageait d’elle, derrière son humanité, une sombre louve rodait.

Natalia n’arrivait plus à discerner la réalité de ses fantasmes, elle avait tant de fois imaginé la scène que ses propres songes s’invitaient dans son ressenti, troublant à chaque pensée un peu plus sa perception. Un souffle rapide comme si la reine contenait son excitation. Elle frissonna, elle n’avait que rarement connu la peur et pourtant, ses craintes s’insinuaient dans sa chair. C’était instinctif. La louve la renifla, grogna pour l’impressionner. L’animal l’éprouvait, testant sans cesse sa maîtrise. Elle s’efforça de ne faire le moindre mouvement pour ne pas l’inciter à attaquer.

Quand elle eut fini son inspection, elle se glissa un peu en retrait et le roi les rejoint. Si différente de son épouse, elle dégageait une prestance sans pareil.  Elle était vêtue d’un pantalon en vinyle noir et d’une chemise transparente. Son torse était entravé dans un harnais de cuir s’inspirant d’armures médiévales, de magnifiques protections d’épaules donnaient à l’ensemble une impression de puissance. Si tu veux vivre en paix, prépare la guerre. Elle était l’incarnation même de l’adage. Elle affichait un calme que personne n’aurait osé perturber de peur des conséquences.

  • Redresse la tête et fais-moi face !

Natalia fut surprise par l’ordre, elle qui avait l’habitude de vivre tête baissée devait la relever. Le roi de Trèfle. Son regard était un curieux mélange entre autorité et bienveillance. Une impression de justesse, de protection autant que de domination. À la différence de la plupart des maîtres, elle n’exprimait pas cet excessif besoin de possession elle n’était pas là pour contraindre, mais plutôt pour imposer une soumission volontaire.

La première avait scruté son corps, la seconde plongeait au plus profond de son être. Elle voulait baisser les yeux, fuir cette intrusion, mais elle ne pouvait déjà lui déplaire.

  • Pourquoi voudrais-tu être à notre service ? As-tu conscience de ce que cela implique.
  • Oui, Madame, j’en ai parfaitement conscience.

Oui, elle connaissait parfaitement les tenants et les aboutissants. Elle avait déjà été soumise à demeure, jouet de maîtres excessifs, elle avait déjà connu l’humiliation, la servitude, la douleur et la possession. Elle s’était abandonné tant de fois qu’elle avait oublié qui elle était. Elle savait… Mais face à ce roi, elle risquait de devoir sacrifier bien plus, exposer des parts d’elle qu’elle avait protégées, dissimulées à ses précédents propriétaires.

  • Je veux vous plaire, vous obéir et faire partie de votre monde. Je veux faire taire mon ennui, ma lassitude.
  • Tu ne me connais pas et tu veux te mettre à mon service ?
  • Ai-je besoin de connaître pour me soumettre ? Je serais une mauvaise soumise si je devais réfléchir à chacune de mes obéissances !

Une semi-vérité. Elle connaissait leurs réputations, avait entendu tellement d’histoires. Même si elle ne pouvait encore différencier le vrai du faux, elle devinait dans quoi elle s’aventurait. Il y avait bien sûr de nombreuses zones d’ombre, mais l’inconnu la terrifiait bien moins que l’inertie de sa vie. Le visage d’Artémis restait impassible, aucune expression ne s’en dégageait.  Elle ne savait si sa réponse l’avait contenté ou au contraire déçu.

Ses craintes s’allaient avec une étrange excitation. À cette soumission se liaient tant d’autres choses. L’univers en lui-même ajoutait tellement d’attraits, des incertitudes quant à sa véracité. Il n’y avait juste qu’un abandon, mais un acte de foi, elle devait s’oublier, mais aussi croire. Peut-être étais cela qui lui avait manquait avec ses précédentes expériences.

Natalia ressentit un incompréhensible sentiment d’appartenance comme si elle avait été à elle, l’avait toujours été. Sa présence royale éveillait des certitudes, comme si le destin avait voulu qu’elle fasse partie de cette cour, de cette famille. Il était stupide de croire pareille chose, le cerveau jouait si souvent des tours, mais qu’importe la cohésion de ses impressions, elle aimait les ressentir. Pour la première fois depuis bien longtemps, elle n’était plus perdue, elle avait trouvé sa place au côté de son roi et de sa reine. Qu’importe si elles ne l’acceptaient pas, elle serait quand même à eux !

Du bout des doigts, son roi parcourut son visage, en détaillant chaque contour. Elle prenait son temps, s’appropriait chacun de ses traits, la moindre forme était soulignée par son touché. À ce contact, elle se définissait comme sa propriété.

 

  • Il ne t’a pas menti, il y a bien une place à promouvoir dans ma cour. Une défection. L’impudent a fait son choix et mérite donc que notre ignorance. Son nom ne sera plus cité, plus jamais. Si nous t’acceptons, ton expérience ne sera pas temporaire. Les cours sombres n’admettent qu’une parfaite implication ! Quitte-nous et nous te rejetterons, tous tes privilèges seront révoqués, toutes les portes te seront fermées ! Ce monde te méprisera et il peut être rancunier. Veux-tu tenter quand même ta chance. Tu es encore libre de partir et de vivre heureuse.

Elle ne bougea pas, elle n’en avait que faire des risques, des conséquences. Il fallait saisir l’opportunité, si elle fuyait, elle le regretterait toute sa vie. Après ce soir, sa soumission serait liée aux cours sombres ou ne serait plus.

  • Elle ne fuit pas. Je peux donc ?

D’un hochement de tête, le roi marqua son autorisation. Cara sourit, un rictus carnassier, sauvage. Ce fut rapide, d’un bon, elle l’enserra et referma sa mâchoire sur son cou, saisissant le muscle pour le broyer entre ses dents. La douleur fut intense, sans la moindre préparation, ni avertissement, Natalia la ressentit de la plus terrible des façons. Elle s’insinuait dans tout son être, terrorisait son âme. Prise aux dépourvues, elle n’avait pas su l’anticiper, l’appréhender. La souffrance la submergea lui coupant le souffle. Ses jambes manquèrent de céder, mais elle refusa à son corps de lâcher. Elle n’avait d’autres choix que de l’encaisser, espérant que sa peau résiste, que la louve n’en ressorte pas avec un morceau de sa chair.

  • Assez!

La voix était dure, ferme, un ton destiné à l’animal plus qu’à la femme. À ce mot, la louve cessa son attaque et la libéra de sa morsure. Une douleur lancinante se fit ressentir dans son épaule. Elle n’osa regarder, refusant de détourner son regard et pourtant, la souffrance en dessina la forme dans son esprit. Son agresseur haletait, grognait. Elle avait goûté à la douleur et elle en voulait encore. S’il n’y avait eu son suzerain, la louve aurait continué à mordre jusqu’à la réédition définitive de sa proie. Elle tentait de ne rien montrer, de reprendre ses esprits avant qu’elles pressentent sa soudaine faiblesse. Pourquoi ? Pourquoi était-elle ainsi impactée par cette rencontre ?

Ce soir était empli de perspectives nouvelles, tout semblait possible. Personne n’avait jamais éprouvé son imaginaire de la sorte, modifiant ses perceptions. Où s’arrêtait la réalité, ou commençait son fantasme. Les frontières devenaient floues, troubles, imperceptibles… Elle se laissait prendre au piège, c’était ce qu’elle avait toujours voulu, s’oublier dans un songe, expérimenter les limites mêmes de sa raison. Jusqu’où pouvait-elle croire ?

 

La louve revint au côté de son roi, se blottissant contre son corps. Elle se calmait en sa présence, son humanité reprenait le dessus. Ses traits s’adoucissaient à chaque caresse de sa compagne.

  • Elle te plait, demanda le suzerain
  • Oui, elle a bon goût, dit-elle en se léchant les lèvres.
  • Mais pas maintenant…
  • Oh non, pas maintenant, mais peut-être pouvons-nous la laisser regarder.

Le souverain l’attira vers elle et l’embrassa. Lèvres contre lèvres, corps contre corps. L’étreinte n’était pas feinte, elle était emplie de ces sentiments qui ne peuvent naître que dans les plus grandes histoires. Cela la toucha, l’émut autant que l’excita. Natalia ne bougea pas. Elle regardait la scène, remplissant au mieux son office. Pourquoi ? Elle s’était glissée dans un jeu qui ne la concernait pas, voyeuse d’une relation épique. Peut-être était-ce cela l’essence même des cours sombres, une implication sans compromis, une vie à l’intérieur de ce monde. Le joker avait-il voulu lui montrer qu’au cœur même des plus grandes illusions une vérité absolue pouvait naître. Natalia fut tout à coup jalouse de la relation des deux femmes, leurs positions étaient bien sûr enviables, mais ce baiser…. Elle aurait voulu les rejoindre, mais elle n’y avait pas sa place… pas encore !

Gisante à même le sol, la robe fut la première victime de leur envie. Cara était maintenant nue, des formes opulentes, une poitrine délicieuse et des fesses rebondies. Un corps sculpté pour le plaisir, dissimulant derrière une féminité exacerbée, les muscles de son farouche alter ego. Les mains de son roi saisissaient sa chair au grès de ses envies, tantôt son sein, son cul ou son sexe. Il n’y avait aucun geste de domination, même si les rôles avaient créé une hiérarchie, elle ne se ressentait nullement dans leur jeu, elles étaient égales l’une à l’autre.

Rapidement, Cara s’affaira à dévêtir sa compagne, s’obligeant au calme pour délacer les protections de cuir. Lentement, Artémis se dévoilait, d’abord ses épaules et sa délicate poitrine, ses hanches et son sexe lisse pour finir par ses longues jambes. Loin des canevas formatés, artificiels, elle offrait au regard une beauté naturelle bien plus envoutante, plus désirable. Sans le moindre artifice, son allure en restait majestueuse. Natalia ne pouvait choisir entre ses envies.  Chacune à leur façon, elles éveillaient des désirs si différents, si intenses. Elle courberait l’échine face aux deux, soumise à ce couple et non pas à une de ses moitiés.

Les mains s’approprièrent le corps de l’autre. Ainsi enlacées, elles basculèrent à même le sofa, les jambes s’entrouvrirent pour révéler leur sexe avide. Elles ne lui accordèrent aucun regard, dans les bras l’une de l’autre, elles avaient réduit leur univers à sa plus simple expression. Dans une osmose parfaite, les deux femmes se caressaient langoureusement. Leurs jeux dévoilaient bien plus qu’une connaissance mutuelle du corps de l’autre. Elles étaient complémentaires, l’impatience, la fougue de l’une s’accordait avec le contrôle et les ardeurs de la seconde. Leurs doigts s’aventuraient en quête d’un plaisir partagé. Loin des clichés du plaisir féminin, elles ne faisaient nullement preuve d’une douceur excessive, elles baisaient autant qu’elles faisaient l’amour. Leurs corps s’affrontaient, s’écrasant l’un contre l’autre. Natalia s’efforça de rester immobile même si sa chair s’embrasait à la vue de cette scène. Son sexe pourtant si souvent impassible imbibait son string d’un désir impérieux. La frustration faisait partie de son quotidien de soumise mais pour une fois, elle en ressentait la cruelle morsure. Il était si facile de résister quand elle n’éprouvait qu’un vague intérêt, mais ce soir c’était tout autre, elle s’éveillait d’une étrange manière, comme si son excitation avait des airs de révélation.

Elles se cambrèrent à l’unisson. Les gémissements devinrent des cris et leurs gestes de plus en plus erratiques. Entre jouissances et caresses, elles avaient dû mal à se décider, luttant contre leurs propres orgasmes pour accentuer celui de l’autre. Elles s’abandonnèrent comme si le temps et la fatigue n’avaient de prises sur elles. Regarder cette fusion charnelle était presque hypnotique, son détachement lui permettait d’admirer cet enlacement avec une certaine révérence. S’en était presque de l’art, un tableau de maître où chaque coup de pinceau incitait l’œuvre à l’excès.

Lentement, les deux femmes cessèrent leurs mouvements brusques pour revenir à de douces ondulations. Elles ne voulaient pas quitter si subitement leur plaisir, préférant une lente décente pleine de frôlements. Bientôt les corps s’immobilisèrent sans pour autant se séparer. Elles restèrent ainsi figées quelques minutes, laissant peu à peu le monde exister à nouveau. Cara finit par se tourner vers leur invité. Ainsi satisfaite, la louve en elle s’était assoupie. Son regard était devenu paisible, presque serein.

  • Elle est restée bien tranquille, remarqua la reine. Elle n’a pas bougé.
  • Oui, peut-être a-t-il raison… Nous allons lui laisser l’occasion de prouver sa valeur, mais ne la ménage pas. La dernière fois que nous avons été gentilles et notre valet s’est révélé si décevant !
  • Oh non, je ne serais pas sage !

Elle sourit, un rictus cruel, terriblement humain. Natalia ne sut pas quelle facette de sa future reine devrait-elle le plus craindre. Mais qu’importe ce qu’elles lui feraient subir, elle serait la plus parfaite soumise.  Tant de certitudes dans ces inconnues…. Les cours sombres. Elle avait trouvé son monde, sa place… Ses maîtresses… Ses suzerains… Le Roi et la reine de trèfle !

 

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